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Les vendanges 2008

La vigne est arrivée à la fin de son cycle le 29 septembre 2008 et les vendanges ont pu  commencer.

Quoi de mieux qu’une interview en interne avec les personnes clefs du château Latour pour vous donner un aperçu de la récolte 2008 et du vin à venir.  

Adressons nous tout d’abord au tandem Penélope Godefroy, Responsable Qualité et Recherche & Développement Vigne et Domingo Sanchez, Chef de Culture, complémentaires sur la vigne au point de pouvoir se remplacer.

Pénélope et Domingo, les terroirs de la propriété sont extraordinaires, mais il tient à votre équipe que les fruits de leur expression mûrissent dans les meilleures conditions. Pendant les vendanges, comment vous répartissez-vous le travail?

Domingo :

Je suis là pour mettre en place les équipes de vendanges. Au bas mot, pendant la coupe des Cabernets Sauvignons ce ne sont pas moins de 190 hommes et femmes qui travaillent dans les vignes, dont au total 90 coupeurs.

Ajoutez à cela mon rôle de coordinateur entre la vigne et la réception des vendanges. Je tiens au courant notre maître de chais de la qualité de chaque parcelle et des estimations de rendement. Le flux d’informations est essentiel pour une parfaite coordination et pour une prise de décision réfléchie.

Bien sûr avec Pénélope et notre gérant M.Engerer, je pars en observation des parcelles pas encore vendangées et goûte régulièrement les baies pour définir au mieux le planning des vendanges.  

Pénélope :

Je compile journalièrement toutes les analyses de maturité des différentes parcelles, informations que je croise avec la dégustation des baies et l’observation sur le terrain des états de maturité et sanitaires des parcelles. L’élaboration d’un Grand Vin demande une fine analyse de ces données pour orienter l’ordre et le moment optimum de la récolte des parcelles. Bien sûr, cela nous aide aussi à affiner, si besoin est, notre sélection parcellaire. Il se peut qu’une parcelle soit divisée en deux et vendangée en différé, la vinification se fera ainsi aussi dans différentes cuves. Ce sont véritablement les caractéristiques de la vigne qui guident tout notre travail.


On s’agite beaucoup sur le fait que le millésime 2008 ait été marqué par une météorologie capricieuse et de faibles rendements mais nous vous voyons garder le sourire ?

Pénélope : Il est vrai que depuis le début de la période végétative en mars, nous sommes restés sur un temps frais et humide. Le cumul des précipitations est resté en déficit par rapport aux normales saisonnières et ce de janvier à septembre, mais avec des fréquences d’averses significativement supérieures. Tout cela s’est répercuté sur le terrain par un retard dans les principaux stades phénologiques (floraison, véraison…) une certaine hétérogénéité sur les parcelles et, en plus des risques de coulure ou millerandage, d’une forte pression mildiou théorique. J’insiste sur le terme théorique, puisque nous avons réussi à conserver un très bon état sanitaire grâce aux nombreux travaux réalisés dans les vignes : effeuillage ou même dans de rares cas léger double effeuillage, éclaircissage et bien sur un traitement raisonné de nos parcelles en fonction des conditions météorologiques, de la pousse de la vigne et des réminiscences. 

Après un mois de juillet sec et chaud qui a pu nous aider à enrayer ce risque mildiou, a succédé un mois d’août chaud et humide avec quelques orages.

C’est le très beau temps de la deuxième moitié de septembre qui a récompensé notre travail en permettant d’obtenir le degré de maturation voulu.

En bref, nous nous sommes donnés les moyens d’outrepasser les caprices de cette météo 2008.

 

Nous avons donc décidé de vendanger tardivement, les raisins ont-ils ainsi gagné en qualité ?

Pénélope et Domingo: Nous avions une excellente matière première, l’état sanitaire des raisins n’a pas été le critère de déclenchement des vendanges. Aux vues de la belle arrière saison qui s’offrait à nous, nous avons donc décidé d’attendre un maximum.

Bien sûr, cela représentait un risque, mais nous avons pour finir réussi à vendanger à parfaite maturité, des raisins aux tannins plus fondants, sans touche d’aromes végétaux, avec un équilibre plus fin et toujours une très belle acidité.

 

Ce fut donc 3 semaines de vendanges sous un ciel clément.

Domingo: Oui, nous avons débuté avec les Merlots le 29 Septembre sous un ciel bleu et rares furent les journées maussades jusqu’à la fin des vendanges le 19 Octobre.

Nous avons marqué une courte pause dans la récolte des Merlots le 2 Octobre et avons repris le 7 avec les dernières parcelles de Merlot à l’extérieur de l’Enclos (l’Enclos : 47 ha situés autour du Château). Du 7 au 10, nous avons aussi coupé les premières parcelles de Cabernets Sauvignons rentrant dans la composition des Forts de Latour, ainsi que les jeunes pieds de Cabernets Sauvignons et les pieds de Merlot complantés dans certaines parcelles de Cabernet Sauvignon.

Le 13 Octobre, une 2ème équipe de coupeurs nous a rejoints pour la coupe des Cabernets Sauvignons de l’Enclos qui devait s’achever le 19 Octobre. La gerbaude fut donc programmée pour le 20.

 

Domingo, les instructions que vous donniez aux vendangeurs étaient simples : « Ne doivent être mises dans les cagettes que des grappes que l’on aimerait mordre à pleines dents ». Etes vous satisfait de ce qui a été récolté ?

Les tris en vignes sont sévères et nos vendangeurs sont très attentifs. Très peu de baies rosés, pourries ou flétries se sont retrouvées sur les tables de tris aux chais. Les rendements eux seront peut être un peu plus faibles que la moyenne, mais grâce à nos soins en vigne, nous sommes contents des quantités récoltés.

 
Y a-t-il des études réalisées au cours de cette année qui vous ont concrètement permis d’améliorer la qualité des raisins pour ces vendanges 2008 ?

Pénélope et Domingo: Nous pensons que le meilleur exemple de réussite serait nos études sur l’enherbement de certaines parcelles. Suite à l’observation terrain, à l’historique des parcelles et à un ensemble de données, nous avons enherbé ou changer la variété de l’enherbement sur certaines parcelles. Nous avons observé de nettes améliorations : vigueur contrôlée, moins de problème d’accès aux vignes et une meilleure tenue des raisins.

 

Les équipes ont des conditions de travail qui semble leur plaire…

Domingo: oui assurément, près de la moitié des saisonniers viennent au Château année après année et c’est un plaisir de les revoir et de les accueillir. Beaucoup aussi viennent de la région ce qui nous permet une grande flexibilité au niveau des dates de vendanges et éventuelles coupures.

Nous pensons déjà aux vendanges 2009…

Nous voici maintenant devant le duo composé du Maître de Chai Pierre-Henri Chabot et Hélène Génin, Responsable Qualité et Recherche & Développement Chai.

L’avenir du 2008 est maintenant entre vos mains. Comment vous répartissez-vous les tâches pendant les vendanges ?

Pierre-Henri : Je m’occupe plus spécialement de la logistique entre vignes et réception de vendanges, de l’orientation sur les lignes de tris et du suivi en cuves et en barriques. Je prends en charge les raisins de leur arrivée en cagettes jusqu’à leur transformation en Grand Vin, toujours dans l’optique d’extraire tout le potentiel de nos raisins.

La 1ère étape la plus importante qui nécessite beaucoup de vigilance est le tri. Ce travail est majoritairement effectué par les vignerons mais nous avons remarqué qu’il était indispensable d’affiner le tri au chai afin de mettre en cuve uniquement les grains sains, mûrs et en bon état sanitaire.

Ensuite aidé des paramètres analytiques, des dégustations des baies et des moûts, je pilote les vinifications de chaque parcelle, une vinification sur mesure !

Viendra ensuite le temps des écoulages, entonnages en barriques puis l’assemblage et élever ce nouveau millésime.

Hélène : Pour ma part, je gère toute la partie analytique depuis les contrôles maturité sur baies jusqu’aux analyses sur vin fini. L’étude des paramètres de maturité tels que l’acidité, la richesse polyphénolique et l’extractibilité des polyphénols couplée à la dégustation des baies en entrée de vendanges et à la connaissance de l’état sanitaire de la parcelle nous permet de piloter de manière optimale les vinifications (remontage, délestage, durée de macération, …).

Nous avons mis en place cette année plusieurs essais de vinification dont j’assure le suivi. L’objectif est de tenter de comprendre l’impact de chacun de nos gestes sur la structure et la perception aromatique de nos vins et ainsi d’adapter au mieux le travail de vinification et de pressurage… mais le chemin est encore long.

Quelques paramètres analytiques en fin de fermentation alcoolique 

 

Degré alcoolique (en % vol.)

Acidité totale (en gH2SO4/L)

IPT

Répartition de la production (%)

Cabernet Sauvignon

12.7

4.4

67.4

74.5

Merlot

13.6

4.3

66.8

24

Cabernet Franc

13.7

4.3

63

1

Petit Verdot

13.7

6

75

0.5

 

Quelles sont à ce stade encore précoce les caractéristiques du millésime 2008 ?

Hélène et Pierre-Henri :

Outre une belle maturité des raisins et de leurs pépins aussi bien sur les Merlots que les Cabernets, nous sommes aussi très contents de la richesse et de la finesse des tanins. Il est encore trop tôt pour comparer ce millésime à tout autre, mais il se placera sans doute dans la catégorie des très bons millésimes.  

Pouvez-vous nous faire part de vos premières impressions de dégustation des prémices du Grand Vin millésime 2008 :

Hélène et Pierre-Henri : Nous venons d’achever les écoulages des Cabernets Sauvignons, ce sont donc les tous premiers stades d’élaboration du Grand Vin mais nous dégustons déjà de très belles choses. 

Signe d’une belle maturité des raisins, nous ne ressentons pas du tout d’astringence ou d’aromes végétaux dans aucune de nos cuves. Bien au contraire, les tannins sont souples et riches et viennent parfaitement s’équilibrer dans cette trame aux aromes déjà très fins et aux belles acidités. Le tout s’affine et s’arrondit au fur et à mesure de nos dégustations, nous allons sur la production d’un très bon millésime.

Les fermentations malolactiques en cuve pour les Cabernets et en barriques pour les Merlots et vin de presse, puis la descente en barrique à partir de Décembre nous en révéleront plus…  

   

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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